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Avant les avions, il y avait les routes du Québec / Before Planes, There Were the Roads of Quebec

Dernière mise à jour : 12 mars




Avant les avions, il y avait les routes du Québec


Mon père chargeait la voiture avant même le lever du soleil. Il y avait toujours un sac de popcorn ou de chips quelque part dans l’auto puisqu'il aimait grignoter, les sacs de couchage dépassaient du coffre, surtout la guitare et nous ne savions jamais vraiment où nous allions.

Du moins, en tant qu’enfants, nous n’y portions pas trop attention.


Mon père choisissait toujours les routes les plus longues. Il disait que c’étaient celles où les paysages étaient les plus beaux. Enfant, j’essayais de rester éveillée pour les regarder, convaincue que quelque chose d’important se trouvait derrière ces fenêtres, mais je finissais presque toujours par m’endormir. Adolescente, je me réfugiais dans des livres pendant les trajets. Et dès que je m’assoupissais, mon père en profitait pour prendre des photos de moi endormie, la bouche ouverte. Le genre de souvenirs qu’on préférerait voir disparaître à seize ans.


C’est mon père qui m’a appris à voyager. Avant les avions, il y avait les routes du Québec.

Il répétait souvent que notre région était belle, qu’elle méritait d’être découverte. Chaque été, nous partions camper. Du vrai camping, comme il disait : dormir au sol, dans une tente, loin des roulottes de luxe. Et il avait raison. On faisait des feux de camp pendant qu’il jouait de la musique. Ma mère faisait griller des saucisses et des guimauves sur le feu. Et quand venait le moment d’aller à la salle de bain dans le noir, mon père trouvait toujours une façon de se cacher dans le bois pour nous faire peur. Une stratégie particulièrement efficace avec mon frère, qui repartait en hurlant.


Voyager, à cette époque, ne voulait pas dire prendre l’avion. Ça voulait dire se lever tôt, sentir l’air frais du matin et partir sans attente précise. Mon père avait un talent pour apporter seulement l’essentiel : quelques couvertures bien pliées, nos sacs de couchage, la glacière, du chasse-moustiques, et suffisamment pour vivre dehors pendant quelques jours. Ensuite, nous prenions la route, sans vraiment savoir ce qui nous attendait. On traversait le Québec comme s’il s’agissait d’un immense terrain de jeu. Les arrêts improvisés, les pauses sur le bord des routes, les terrains de camping imprégnés d’odeurs de feu de bois et de terre humide, encore aujourd’hui, l’une de mes odeurs préférées.


À l’époque, je ne pensais pas que c’était voyager. Les nuits étaient mystérieuses, parfois froides, et les matelas rarement confortables. Pourtant, chaque matin apportait quelque chose de nouveau : un lac inconnu, un sentier à explorer, un ruisseau où l’on trébuchait les fesses premières dedans (oui oui), les animaux sauvages, la pêche, ou les plantes que mes parents nous apprenaient à observer.


Mon père tenait aussi à ce que nous apprenions à vivre dehors : monter une tente correctement, allumer un feu, comprendre la forêt et s’y débrouiller. Sur le moment, ça ressemblait surtout à des petites tâches ou à des leçons improvisées. Aujourd’hui, je réalise que c’étaient des savoirs précieux, et je lui en suis profondément reconnaissante. Sans le savoir, mon père nous enseignait que l’aventure n’avait pas besoin d’être loin pour exister. Ma mère, elle, nous apprenait que nous faisions partie de la nature et qu’il fallait la respecter.


Aujourd’hui, je réalise que mon goût du voyage n’est pas né dans un aéroport. Il est né sur les routes du Québec. Dans l’idée que découvrir commence dès qu’on accepte de quitter le familier.

Voyager, pour moi, n’a jamais été seulement une destination. C’est un mouvement. Une curiosité. Une façon d’habiter le monde. Une façon de me retrouver - et souvent, une manière efficace pour calmer mon système nerveux.


Et peut-être que tout a commencé là, sur la banquette arrière, quelque part entre deux régions du Québec, pendant que mon père conduisait vers un endroit que nous n’avions jamais vu.


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Before Planes, There Were the Roads of Quebec


My father packed the car before the sun even rose. There was always a bag of popcorn or chips somewhere, he loved to snack (still do). Sleeping bags spilled out of the trunk, along with his guitar. And we never really knew where we were headed.

As kids, we didn’t think much about it.


He always chose the longest routes. “They have the best scenery,” he’d say. I tried to stay awake to watch, convinced something important was waiting beyond those windows, but I usually fell asleep. As a teenager, I buried myself in books during the drives. And whenever I nodded off, he would sneak a photo of me sleeping with my mouth wide open. Memories you’d rather forget at sixteen.


It was my father who taught me how to travel. Before planes, there were the roads of Quebec.

He often reminded us how beautiful our region was, how it deserved to be explored. Every summer, we went camping. Real camping, as he called it—sleeping on the ground, in a tent, far from luxury trailers. And he was right. We’d gather around campfires while he played music. My mother roasted sausages and marshmallows over the flames. And when it was time to go to the bathroom in the dark, my father would hide in the woods just to scare us. My brother, especially, would scream and run.


Back then, traveling didn’t mean flying somewhere. It meant waking up early, breathing in the crisp morning air, and heading out with no plan. My father had a talent for packing only what was essential: a few folded blankets, our sleeping bags, the cooler, bug spray, and just enough to live outdoors for a few days. Then we hit the road, never quite knowing what lay ahead. Quebec felt like one huge playground. Impromptu stops, roadside breaks, campgrounds smelling of wood smoke and damp earth, still one of my favorite scents.


At the time, I didn’t realize it was travel. Nights were mysterious, sometimes cold, and mattresses rarely comfortable. Yet each morning brought something new: an unknown lake, a trail to explore, a stream we’d fall into butt-first (yes, really), wild animals, fishing, or the plants my parents taught us to observe.


My father also made sure we learned how to live outdoors: setting up a tent properly, lighting a fire, understanding the forest. Back then, it felt like small chores or impromptu lessons. Today, I see now they were invaluable skills, and I am deeply grateful. Without knowing it, my father was teaching us that adventure doesn’t have to be far away to exist. My mother, meanwhile, taught us that we are part of nature and must respect it.


Looking back, my love of travel didn’t start in an airport. It began on the roads of Quebec, with the understanding that discovery starts the moment you leave the familiar.

Travel, for me, has never been just a destination. It’s movement. Curiosity. A way of inhabiting the world. A way to find myself, and often, a way to calm my nervous system.


And perhaps it all began there, in the backseat, somewhere between two regions of Quebec, while my father drove toward a place we had never seen.


 
 
 

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